Quel lien entre la colère des agriculteurs et nous ?

Ces derniers jours, la colère des agriculteurs s’est répandue bien au-delà de nos campagnes, bien au-delà de la Belgique. Elle a envahi les axes routiers, a pris d’assaut les ronds-points, les villes, les institutions européennes… Mais derrière tout ça, pas toujours évident de comprendre les revendications en pagaille, les désaccords et arguments des uns et des autres. Qu’est-ce qui crée ce mouvement de révolte ? Et quel lien avec le travail social ?

On a vu de jeunes fermiers partir en lutte et laisser les plus âgés s’occuper de la ferme. On a pu observer ces lignes de tracteurs sortir des champs pour envahir résolument l’espace public. On a pu sentir la colère crasse des pneus brûlés dans les flammes, les trous creusés par le ras-le-bol dans l’asphalte. Mais d’où vient cette souffrance des agriculteurs ? Quelles sont les racines profondes de leur colère ?, s’interroge Philosophie Magazine. « Les racines de la crise contemporaine du monde agricole sont multiples, mais elles apparaissent également entrelacées. La restructuration du secteur agricole par une logique productiviste, d’inspiration industrielle, s’accompagne d’une forme d’aliénation de l’existence paysanne. Cette dynamique n’est compréhensible que dans un processus plus large de modernisation, par rapport auquel le paysan fait figure de repoussoir, et qu’il s’agit donc de refaçonner. Cette modernisation elle-même s’arrime à une vision réductrice du vivant avec lequel l’agriculteur est en prise directe. De proche en proche, les souffrances s’accumulent. Leur enchâssement ne sera certainement pas désamorcé par des aides financières : c’est l’ensemble de la structure économique, dont l’agriculture constitue un pilier vital, qu’il s’agit de repenser ».

En d’autres mots, les solutions apportées par la commission européenne ne peuvent se traduire en « détricotage » de normes environnementales souligne le quotidien Le soir (02/02/24) puisque c’est le modèle de production lui-même – imposé par l’industrie agro-alimentaire – qui est à transformer : modèle qui vise, s’il faut le rappeler, le profit à court terme au détriment de la durabilité et du proportionné.

Ces souffrances de tout un secteur à bout de souffle ne sont pas sans faire écho à l’autoportrait associatif dressé dans le n°181 de notre Revue BIS : « l’associatif serait malmené, voire broyé par une logique de marché et de concurrences ». Un associatif étranglé par la gestion de la pauvreté, et qui ne peut plus, ou très peu, tenir son rôle émancipateur. A moins de « bricoler » et d’en être réduit à un travail social clandestin. (émission du Centre d’Action Laïque, 21/01/2024)

Qu’on soit agriculteur ou intervenant social, qu’on soit une grande ou une petite structure, il serait temps de penser « out of the box » pour penser ensemble une transition vers un modèle de société qui prend en compte les multiples défis à relever : environnementaux, sociaux, économiques… Au cœur de notre dossier « Ce n’est pas la taille qui compte (quoique) », se pose cette question de quelles transformations sont nécessaires pour un associatif renouvelé en adéquation avec le modèle de société vers lequelle nous voulons tendre ?

Eléments de réflexion et mise en débat entre Pierre Verbeeren, directeur du CPAS de Bruxelles-Ville et à Farah Ismaïli, directrice de la Fesefa et membre du Collectif21.

Interview croisée : « L’associatif de demain : militantisme subsidié ou engagement non salarié ? »

Pour parcourir l’ensemble de la revue BIS n°181

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