“Nous ne voulons plus de miettes !”

Plusieurs organisations*, dont le CBCS, publient une carte blanche qui met en lumière les difficultés croissantes auxquelles font face les travailleur.euses du secteur psycho-médico-social. En raison d’un sous-financement chronique, d’une surcharge administrative et de la numérisation des services, les professionnel.les et bénévoles de ce secteur alertent sur la dégradation de leurs conditions de travail et la précarité croissante des publics qu’ils soutiennent. Appel à un refinancement structurel du secteur pour garantir des conditions de travail décentes et une prise en charge digne et émancipatrice des personnes en difficulté.

Carte blanche relayée par le Guide Social, 28/06/2024

Pour un secteur social refinancé à hauteur des réalités des travailleurs sociaux et de leurs publics

Alors que nous, travailleur.euses de terrain faisons face à des situations de plus en plus nombreuses et complexes, le secteur du travail psycho-medico-social subit un financement très largement inférieur à ses besoins. Il se caractérise par un manque criant de personnel : éducateur.ices, animateur.ices, psychologues, assistants sociaux…

Nous constatons qu’au moment même où de maigres augmentations de subsides parviennent au secteur, la question de la limitation dans le temps des allocations de chômage fait son retour dans l’actualité menaçant de pousser vers l’aide sociale des milliers de personnes supplémentaires que nos services seront en incapacité d’accueillir.

Malgré que nous ayons alerté avec insistance sur les conséquences délétères que la numérisation des services avait sur nos publics et sur la qualité de notre travail, le gouvernement a décidé de poursuivre sur cette voie et d’y investir des montants colossaux ( à l’instar des 70 millions d’euros du budget de lutte contre la pauvreté investis dans l’équipement du programme REDI dans les CPAS) alors que la priorité devrait être le refinancement de nos services et la revalorisation salariale.

Les budgets sont aussi orientés en fonction de la mode du moment : hier les parents solos, aujourd’hui le sans-abrisme sont mis en lumière à travers des projets ponctuels qui ne permettent pas d’amélioration concrète pour ces publics. Si on peut se réjouir que certains secteurs reçoivent un peu des ressources qui lui font cruellement défaut, que dire des autres secteurs de première ligne ? Le SAJ ou les PMS par exemple dont les travailleur.se.s ont récemment dénoncé le manque de moyens.

Le financement du travail social, dans le secteur public comme dans le secteur associatif est toujours nettement insuffisant. Nous travaillons à échéance d’un ou deux ans, d’appel à projet en appel à projet auxquels nos structures sont obligées de répondre pour se financer, augmentant la charge de travail administratif. Or, le point commun de nos métiers est de travailler dans la durée.

“Cette hystérie du chiffre s’accompagne d’une politique de “responsabilisation” des ayants droits”

Cette nécessité de notre travail s’accorde mal avec les injonctions à l’immédiateté des politiques publiques. Le sous-financement de notre travail met sous pression les professionnel.les du social, les maintenant dans une précarité continuelle.

Nous dénonçons que les politiques et les employeurs attendent de nous des résultats chiffrables : cette hystérie du chiffre s’accompagne d’une politique de “responsabilisation” des ayants droits, de sanctions qui mènent à la perte de droits fondamentaux… Ce n’est pas ce type de travail social que nous voulons faire. Il n’est pas acceptable que les politiques budgétaires aient comme corollaires d’empêcher les gens d’accéder à leurs droits.

Nous voyons chaque jour nos services faire face à des situations croissantes de pauvreté, les burn-out de plus en plus fréquents, l’épuisement des bénévoles sans lesquels nombre de structures ne pourraient fonctionner. Face à la souffrance au travail, nous affirmons que notre dignité professionnelle ne peut être monnayée au rabais.

Nous exigeons un refinancement pérenne du secteur qui permette d’engager du personnel supplémentaire et d’augmenter les salaires. Ceci afin d’exercer un vrai travail social qui prenne en compte la situation globale des personnes et qui vise leur émancipation. Notre combat pour un refinancement structurel du secteur social va donc de pair avec une mise en question des mesures prises dans le cadre de l’État Social Actif mqui ont imposé des contraintes et obligations supplémentaires à l’ensemble des allocataires sociaux. Celles-ci amenant à ce que de nombreuses personnes se retrouvent exclues de leurs droits sociaux.

Défendre des conditions de travail décentes au service d’un objectif d’autonomie et d’émancipation de nos publics dépendra du rapport de force que nous serons capables d’installer. Les travailleuses et travailleurs sociaux sont nombreux.ses. Avec les bénévoles et les publics, ils constituent une véritable force sociale et nous les appelons à se mobiliser largement à l’intérieur et à l’extérieur de leurs structures de travail.

LIRE & ECOUTER pour en savoir plus :

le rapport intersectoriel 2018-2022

– « Au suivant, le travail social sous haute tension » : un documentaire sur l’après-Covid dans le milieu social – JT – BX1

*Signataires de la carte blanche :

Collectif Travail Social en Lutte, Association d’aide aux allocataires sociaux, Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, Fédération des maisons médicales, Fédération des services sociaux, Collectif de Vigilance en Travail Social, Planning familial Aimer jeunes, Social A Venir, association de soutien à la formation et aux métiers du social, L’Oranger ASBL, CASAF asbl ( Petits Riens), Maison médicale Antenne Tournesol de Jette, Lire et Ecrire Bruxelles, Services Sociaux des Quartiers 1030, asbl – Wijkmaatschappelijk Werk 1030, vzw, l’Atelier des Droits Sociaux, Vzw Wijkpartenariaat-De Schakel, Entraide des Marolles, Collectif Formation Société, Espace P, Magali Gillard, Travailleuse Sociale, Salima Brahimi, Travailleuse Sociale, Myriam Cherké, Travailleuse Sociale, Cristina Fernando, Assistante sociale à Casa legal ASBL , Projet Lama , Christiane Vandenhove, AS à la retraite et membre du CVTS, Anne Philippart, enseignante-chercheure , HELMo ESAS, Liège , Vandeputte Laurence, Assistante sociale (inactive),Thierry Goguel d’Allondans, éducateur spécialisé, anthropologue (Université de Strasbourg), Daniel HANQUET – Assistant social, retraité et membre d’associations représentatives d’assistants sociaux de CPAS, Quentin Leroy, Travailleur Social HEL Cardijn, Simon Hupkens, Travailleur Social, délégué CGSP CPAS de Liège, Diamela Hermosa Preciosa Colombina Vicencio Rammsy, Travailleuse sociale, Guillermo Kozlowski, animateur-chercheur à CFS asbl, Joffroy Hardy Enseignant-chercheur, HELMo-ESAS-LABOCS, Esteveny Hugues, Chargé de projet dans une association d’alphabétisation, Laure Compère, enseignante-chercheuse, Helmo, Philippe BOZARD – Enseignant – ESAS, Marie Paule Lolo, Travailleuse sociale d’une unité mobile sur la région bruxelloise , Ouahabi Soumaya, Intervenante psychosociale, secteur public, Iria Galván Castaño, Responsable de projet à la mission recherche, Graindorge Sarah – travailleuse à l’asbl SSLO, Roussaux Manon – travailleuse au comité culturel Droixhe-Bressoux, Somzé Didier – collectif de résistance au centres pour étrangers, Pirard Rudy – travailleur en maison médicale, Marina Ruiz – travailleuse à Aide aux Personnes Déplacées, Quentin Vauchel travailleur au centre des immigrés Namur-Luxembourg, Louise Warin – travailleuse à ESAS Liège, Isabelle Montulet – Ipefa Liège sup., Clémentine Sadzot – éducatrice dans le secteur du handicap, Mariama Lungu – assistante sociale dans le secteur du droit des étrangers, Mélanie Di Franco – travailleuse en maison médicale, Doris Serrani – travailleuse dans le secteur du handicap, Fatima Marchal – éducatrice en formation, Marwan Labib – éducateur en formation, Adam Jensen – éducateur en formation, Valentine Baltus – assistante sociale en formation, Emilie Vissers – éducatrice en formation, Guy Krettels, enseignant en travail social retraité.

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