Fermeture de certains services de première ligne

Des faits de violences se sont multipliés ces dernières semaines dans plusieurs services de première ligne bruxellois. Doucheflux, asbl active dans l’aide aux personnes sans chez-soi a fermé ses portes pendant plusieurs jours au début du mois de mai 2023, tout comme l’asbl Dune, accueillant des personnes usagères de drogue en situation de grande précarité, l’avait fait fin avril pour les mêmes raisons. Pour ces structures d’accueil, les bénéficiaires sont de plus en plus nombreux et de plus en plus précaires. Face à cette augmentation des demandes, les violences sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase, pour un secteur déjà en sous-effectif, ne pouvant assurer ni la sécurité de son personnel, ni celle des personnes qu’il accompagne.

Par Adeline Thollot, juin 2023 – Avec DoucheFLUX et leur carte blanche du 25/05 signée par une série d’associations bas seuil et de première ligne

Suite à une série de débordements mettant en danger la sécurité des travailleurs sociaux et des bénéficiaires dans plusieurs services d’accueil autour de la gare du Midi, plusieurs services de première ligne alertent sur la précarisation galopante de pans entiers de la population et l’absence systémique de solutions. Pour eux, c’est le cocktail explosif. L’équipe de DoucheFLUX regrette “le sous-financement et la saturation des structures d’accueil, l’épuisement des travailleur.se.s, mais aussi le manque de logements abordables, l’aggravation des problématiques de consommation d’alcool et de drogues parmi le public”. S’exprimant au micro de BX1 il y a quelques semaines, Laurent D’Ursel pointait également une augmentation des problèmes dans le quartier ces derniers mois. En tout, ce sont une vingtaine d’associations qui se joignent à l’appel de DoucheFLUX pour demander aux pouvoirs publics une réaction.

« Davantage de moyens ? Davantage de solutions ! »

Extraits de la carte blanche :

« Face à la violence immédiate, la réponse spontanée est sécuritaire et préventive. Notre volonté immédiate est de préserver un essentiel bien-être minimal pour les équipes concernées, de toute façon exposées au risque dans un accueil bas seuil et en première ligne. Mais la réponse sécuritaire est insuffisante et ne satisfait pleinement personne. Nous, associations bas seuil et de première ligne, nous affirmons le lien entre les violences subies par les équipes et le manque vertigineux de solutions qu’elles peuvent proposer, faciliter, explorer. Quand on ne peut que s’inscrire sur une interminable liste d’attente pour un logement social, quand on doit attendre des mois pour un lit en psychiatrie, quand les lieux de cure de désintoxication sont chroniquement saturés, quand des régularisations au compte-goutte et sur base de critères flous ferment l’horizon de vie de milliers de personnes, quand des jeunes en errance « choisissent » de tourner le dos à une société qui ne leur offre aucune perspective réelle, quand le nombre de personnes sans chez-soi semble croître avec celui des bâtiments inoccupés… rien n’est plus prévisible, normal et légitime, que le découragement et la colère.

Souvent réduit·e·s à dire « Désolé, courage… et bonne chance ! », les travailleuse·r·s de terrain œuvrent en terrain miné de bombes à retardement étiquetées « no solution ». Sans oublier qu’en invitant les personnes à aller frapper à une porte qui, en réalité, bien souvent, n’existe pas, on contribue à invisibiliser ces personnes et, dans la foulée, l’absence sociétale de véritables solutions. Nous, associations bas seuil et de première ligne, sommes le réceptacle débordant des ratés du système et des victimes qu’ils engendrent, sommes à l’extrémité d’une longue chaîne de « rendez-vous manqués » entre la société et des personnes au parcours chahuté, parfois depuis la tendre enfance, nous sommes les rustines d’un pneu inexistant pour beaucoup, sommes autant « à bout de souffle » qu’à bout de solutions. Nous nous faisons « lanceuses d’alerte » et refusons d’être laissées à nous-mêmes dans une impasse sociétale
dont nous ne sommes pas responsables. »

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Violences dans les institutions : comment agir ?

Dans les métiers du social et de la santé, il est commun de “faire avec” une certaine forme d’agressivité. Sans la banaliser, elle fait partie des situations que les travailleurs ont appris, le plus souvent par la pratique, à gérer. En 2020, le SMES publiait « Violences dans les institutions d’aide et de soins : une réflexion systémique et des pistes d’intervention », sur des formes de violences plus graves (violence physique, menace, harcèlement) ou la répétition d’une violence quotidienne peuvent générer de la peur, souvent taboue, et des situations d’exclusion temporaire ou permanente des usagers dans les services, parfois suivies d’un renforcement des conditions d’accès, et donc d’une augmentation des seuils. Ceux-ci peuvent concerner un usage de drogue(s), un diagnostic de santé mentale, un passé carcéral, la chronicité d’une errance.

Pour le travailleur, ces événements sont souvent marquants, et il n’est pas toujours possible de disposer d’un lieu de parole ou d’une prise en charge adéquate. Le professionnel peut alors se murer dans un tabou de la peur. Non-dite et à la fois omniprésente, cette peur isole, entraîne des impressions de disqualification, et brouille les ressentis de la personne.

Du côté de l’institution, il est parfois difficile de se situer entre la volonté d’offrir un accès le plus inconditionnel possible et la nécessité de protéger les travailleurs ou les autres usagers. Des aménagements du cadre sont parfois mis en place et peuvent prendre la forme de barrières, de vitres ou de stewards. D’autres vont au contraire plutôt renforcer l’accueil et la proximité par une attention particulière à la décoration et au confort, la possibilité d’espaces plus informels, la présence de travailleurs pairs.

Si la violence de l’usager est parfois adressée au professionnel ou à d’autres usagers, elle peut aussi se porter sur lui-même et prendre la forme d’automutilation, de comportements à risque ou d’auto-exclusion.

Les causes institutionnelles de cette violence sont multiples et souvent intriquées : un cadre trop rigide, pas assez explicite, ou vécu (à juste titre parfois) comme arbitraire ; un accueil déshumanisé ; des flux d’usagers importants corrélés à des effectifs en sous-nombre ; des rapports de domination ; un manque de formation du personnel ; le peu de liens entre professionnels et usagers ; un décalage entre le vécu de l’usager (rapport au temps, état physique et/ou mental…) et les attentes du travailleur ; l’absence ou la complexité/lenteur pour trouver des solutions ou des leviers ; un contexte social défaillant… Cette liste n’étant pas exhaustive, loin s’en faut.

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