La question du temps est centrale à l’hôpital, a fortiori dans un service de soins intensifs. Les logiques gestionnaires de ces institutions permettent-elles aux soignant·es d’être simplement présent·es auprès des patient·es, de les écouter ? Face à l’informatisation à marche forcée des services, quel temps est laissé à la relation avec les patient·es ? La crise sanitaire que nous venons de traverser a-t-elle accéléré ces logiques ? Entretien avec Emanuelle Desmet, infirmière-cheffe aux soins intensifs du Centre Hospitalier de Wallonie picarde.

Entretien à lire en ligne – Dans le Journal de Culture & Démocratie « Temps », n°54, août 2022

A travers cet entretien, on parle d’un temps moins souple, moins léger, plus cadenassé : loin d’être une gageure de sécurité pour le patient, ce temps qui doit tout tracer enferme plutôt le soignant dans une continuelle justification des actes posés. « On est dans l’ère de la procédure », insiste l’interviewée. L’informatisation du métier n’y est pas complètement étrangère : la technique ferait « écran » à la relation.

C’est une question fondamentale dans l’hôpital aujourd’hui : quel temps prend-on encore pour communiquer, simplement passer du temps auprès des patient·es, écouter, être présent·es ? La technique prend de plus en plus de place dans les hôpitaux. L’informatisation galopante, qui fait que l’on est de plus en plus face à un ordinateur, était déjà en cours avant la pandémie.

Emanuelle Desmet, infirmière-cheffe

Lire aussi dans le même Journal : « Le retard, une résistance à la marchandisation du temps »

Extrait choisi :

« Le corps gêne à l’heure du numérique. Le numérique est un outil indispensable de l’exploitation temporelle. Il nous donne l’heure exacte et permet donc un contrôle temporel plus strict que les sévères disciplines du début de la révolution industrielle. De plus, en gagnant tous les métiers, il supprime les empêchements de travailler. Une grève ne justifie plus d’arrêt de travail il suffit de passer en télétravail, et du présentiel au distanciel. Le temps réglé sur l’intelligence artificielle inaugure une nouvelle servitude. On ne se projette plus dans le temps. Il ne peut plus y avoir de projets de sociétés, d’utopies, car ce sont des projections venues du désir. Or, le désir demande du temps, au contraire des impulsions subites et immédiates que le marché de la consommation encourage ».

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