Penser les centres d’accueil pour et avec les femmes « sans chez-soi » permettrait-il de leur offrir des refuges mieux adaptés ? Que se passe-t-il lorsque l’on définit ces espaces selon des principes du care, en aménageant l’espace d’accueil avec soin, de manière à ce qu’il prenne aussi soin des femmes en situation de grande précarité ? Susan Even, chercheuse en sciences politiques et sociales (Uses&Spaces, UCLouvain) explore ces questions à partir du premier centre de jour réservé aux femmes qui a ouvert il y a 2 ans et demi en Région bruxelloise.
Un temps chez soi. Analyse d’un centre de jour comme espace de care pour femmes en situation de grande précarité, in Brussels Studies
Pour ces femmes en situation de grande précarité, le centre de jour est à la fois un espace refuge, un espace de care envers son apparence et un « chez soi » temporaire.
La non-mixité du lieu permet de créer un refuge à l’abri des violences de genre. La non-présence des hommes et la formation des travailleuses sociales permettent aux femmes de déposer certains vécus et d’être plus détendues. Le dressing et la table de maquillage incitent les femmes qui le souhaitent à prendre soin de leur apparence et par extension d’elles-mêmes. La personnalisation des lieux par du mobilier et des objets domestiques permet aux femmes de développer une familiarité et un attachement au lieu – un sentiment de chez-soi – qui peut être support d’une confiance retrouvée pour améliorer leur situation et trouver un logement.
L’analyse montre combien le lieu mérite d’être pensé dans la perspective du care. Cela invite à prendre en considération l’environnement de soin dans toutes ses dimensions, à prêter attention aux éléments discrets pouvant être facilement négligés (de la jolie vaisselle ou un miroir) et, ce faisant, à dépasser une vision strictement fonctionnelle des espaces d’accueil pour aménager des lieux qui laissent des marges de manœuvre et de redéfinition aux personnes accompagnées.





