Pourquoi le sens au travail reste-t-il un angle mort des entreprises ? Dans cette interview, Jean Besançon, directeur de l’Université ouverte des compétences, défend une transformation en profondeur, basée sur l’autonomie des salariés et le dialogue. Il faut « remettre le travail au coeur de leur conduite stratégique ».
Novethic, média économique français, dédié à la transition écologique et sociale, mars 2026
Le rapport auquel vous avez contribué propose de « remettre le travail au cœur de la conduite stratégique des entreprises ». Qu’est-ce que cela signifie ?
Jean Besançon : Tout part de ce qui est à mon avis une profonde énigme. On a depuis des années des dizaines d’études et de preuves qui montrent que lorsque les gens sont mis dans les conditions de pouvoir bien faire leur travail, de façon autonome, dans des conditions qui leur permettent d’exprimer leur intelligence et leur savoir-faire, ça produit des effets très positifs. Des effets positifs d’abord sur les personnes, qui trouvent du sens dans leur travail, s’y épanouissent, s’y sentent plus utiles et plus heureuses ; et des effets positifs sur les organisations. On sait notamment que cela améliore la performance des entreprises, que cela fluidifie le fonctionnement organisationnel.
Et pourtant, ces modes de travail peinent à se développer et les entreprises ne parviennent pas à mettre ce sujet au cœur de leurs réflexions stratégiques. Dans de très nombreuses entreprises, on reste sur des schémas très verticaux, issus des modèles tayloristes, des modèles très déconnectés des réalités du travail et sans autonomie réelle pour les travailleurs. Ce décalage est une vraie énigme.



