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Le SAM, « s’extraire de l’urgence et mieux la penser »

Centre de recherche de Bruxelles sur les inégalités sociales, le Crebis [1] entend faire lien entre le monde de la recherche et le monde de l’intervention sociale sans hiérarchiser les savoirs ! Le SAM, son service d’accompagnement méthodologique a pour objectif de mettre très concrètement la recherche au service du terrain. Lancé en 2022, on profite de l’évaluation des premiers projets accompagnés pour comprendre. En quoi cet accompagnement est-il innovant ? Comment fonctionne-t-il ? Quel intérêt pour le travail social ?

Avec Manon Guibreteau, auteure de l’évaluation sur le SAM, chargée de recherche pour le Crebis, 19/01/2023

CBCS : Des services d’accompagnement méthodologique, ce n’est pas neuf. Manon Guibreteau, en quoi le SAM est-il différent ?

Dans ce cas-ci, le processus entre chercheurs et travailleurs de terrain est fait en co-construction, en collaboration. Le Crebis teste différentes manières de faire ce type de recherche collaborative avec différents outils. Il met les chercheurs du Crebis au service du terrain et de leur demande. L’idée est d’outiller les acteurs du social pour leur permettre d’atteindre les objectifs qu’ils auront eux-mêmes définis. Les outiller tant pour récolter de la matière sur le terrain que pour cadrer leur réflexion, la légitimer, etc.

En d’autres mots, les chercheurs s’adaptent au terrain et non l’inverse. Avec quels outils ?

Les outils sont variés – méthode de récolte de données (élaboration de questionnaires, de guides d’entretien,…), méthodes d’animation –, le dispositif se nourrit aussi bien des outils de la recherche que de ressources préexistantes sur le terrain. Par exemple, l’une des structures accompagnées a souhaité récolter l’avis des partenaires sur son action. Dans ce cas précis, les chercheurs sont partis des ressources du terrain, mais dans le cadre de Focus groups ou groupe de discussion [2]. Dans d’autres projets, ils ont eu recours au photolangage. Non scientifiques, c’est l’inscription de ces outils dans un cadre scientifique qui font en sorte qu’ils soutiennent le processus de recherche.

Jusqu’où la recherche collaborative peut-elle prendre distance par rapport à la rigueur scientifique et conserver sa crédibilité de chercheur ?

Ce qui est compliqué avec la recherche collaborative, c’est qu’elle n’est pas encore très reconnue et qu’elle reste difficile à définir. Comme elle laisse plus de place à la subjectivité, elle soulève effectivement la question des critères de validité scientifique. Un Réseau de chercheurs collaboratifs bruxellois francophone a d’ailleurs vu le jour à l’initiative du Crebis pour affiner les questions autour de ce type de recherche. [3] Elle croise des savoirs qui ne sont pas tous dits scientifiques, mais qui vont avoir une certaine scientificité à partir d’un cadre donné. Tout va dépendre aussi de l’importance que va accorder la structure accompagnée à ces critères scientifiques. C’est un compromis à avoir avec l’association. Mais à partir du moment où on fait appel à des chercheurs, on fait appel à une forme de scientificité !

Certains travailleurs considéraient la recherche « hors-sol » avant d’entamer l’accompagnement. Leur perception a-t-elle changé ?

Ils ont pour le moins découvert ce qu’était un chercheur-accompagnateur, une autre manière de travailler en tant que chercheur. Ce n’est pas tant ce qu’il fait qui est particulier, mais bien son approche. L’accompagnateur-chercheur est là pour faire ressortir la parole, poser les questions, parfois pour compléter : « vous savez qu’il existe cela dans telle association ? ». Il est là pour croiser les regards et les savoirs, les mettre sur un pied d’égalité tout en reconnaissant leurs différences et leurs spécificités.

C’est un accompagnement qui nécessite de trouver l’équilibre entre le monde de la recherche et celui de l’action sociale…

Et c’est justement là que se situe tout l’intérêt de cette forme de recherche : elle invite les professionnels à se décaler, à poser un autre regard sur leur propre travail. Dans le cas du SAM, il montre aussi la nécessité de ne pas tout baliser dès le départ, de s’autoriser d’être à certains moments dans le flou. Ce qui peut être difficile pour certains professionnels du social, habitués à résoudre des problématiques dans l’urgence. Autre élément à savoir : la durée d’accompagnement. L’évaluation montre que plus d’un an d’accompagnement, c’est trop. Et faire moins, c’est trop peu ! 10 à 12 mois, c’est le temps nécessaire.

Ce qui représente une sacrée mobilisation des équipes !

… Et paradoxalement, une respiration ! Cela peut sembler étrange, mais un des éléments qui m’a frappé lors des entretiens avec les différents projets, c’est le plaisir que les gens ont eu à travailler ensemble autour de nouvelles pratiques. J’ai vraiment ressenti ce besoin de sortir de l’urgence pour mieux la penser. Une séance, c’est 2 à 3h, c’est assez intense mais cela permet avant tout d’avoir un espace réflexif qui autorise à s’extraire de l’urgence. Et de pouvoir penser autrement son travail. C’est comme si l’accompagnement légitimait la prise de recul pour réfléchir sur ses pratiques, etc.

Après l’accompagnement, les travailleurs peuvent-ils se réapproprier les outils et cheminer de manière autonome ?

Nous n’avons pas encore le recul nécessaire, mais selon moi, ce n’est pas tant l’idée de réutiliser les outils que d’avoir mis des sortes de « rappels » en place : demander l’avis des bénéficiaires en amont d’un nouveau projet à mettre en place, par exemple. C’est quelque chose qu’ils savent, mais ils sont tellement le nez dans le guidon et dans l’urgence qu’ils en oublient parfois de passer par ces étapes. « Maintenant, je sais davantage comment penser le processus de réflexion », confiait un des professionnels.

C’est en ce sens qu’on peut parler de « transformation des pratiques » ?

Le terrain est toujours amené, quoi qu’il fasse, à se justifier, à défendre sa pratique – que ce soit envers des pouvoirs subsidiants, des partenaires, des bénéficiaires. L’évolution des besoins des publics, leur complexité, leur intrication et leur urgence, mais aussi le contexte de saturation des services, tous ces éléments renforcent cette nécessité de pouvoir légitimer leur action. Le SAM peut contribuer à apporter des outils et des données qui offrent crédibilité et pouvoir d’agir au travail social.

VUE SUR… les 7 projets suivis par le SAM en 2022

Fares – Objectif : Mener une recherche exploratoire (entretiens semi-directifs) sur les besoins de leurs patients en matière de participation ;
Projet ARTHA – Objectif : Réaliser une publication autour de la définition du métier de médiateur interculturel culturel en contexte de réduction des risques ;
Badje asbl – Objectif : Développer une méthode pour mieux formaliser et faire remonter les constats des équipes (//plaidoyer politique) ;
Chass’Info – Objectif : Déployer une recherche-action sur l’efficience d’un projet de regroupement associatif sur base d’une meilleure connaissance des besoins des jeunes en difficulté.
Cpas de Molenbeek (CLSS – Contrat local social-santé) – Objectif : Soutien à la réalisation d’un diagnostic local (co-construit et en continu), ayant une attention particulière pour l’implication des habitants des quartiers concernés.
Service de prévention de Saint-Gilles – Objectif : Déployer une recherche-action sur le non-recours
Rizome-asbl – Objectif : Modéliser des bonnes pratiques en vue de prévenir le basculement en rue des justiciables, notamment des sortants de prison.

Accès à l’évaluation du dispositif SAM, 2022


Projets sélectionnés en 2023 : Aquarelle, Capuche asbl, SAAMO et Transit.

Vous êtes une équipe de professionnels ? Vous aimeriez bénéficier d’un tel accompagnement ? Contactez l’équipe du Crebis :

Marjorie Lelubre : lelubre@le-forum.org

Manon Guibreteau : mguibreteau@cbcs.irisnet.be

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