À Saint-Gilles, comme partout dans le pays, la réforme du chômage a gagné les couloirs du CPAS depuis le 1er janvier. Les premiers concernés, de nombreux seniors, commencent à s’inscrire à l’aide sociale. Derrière cette mesure fédérale, des travailleuses et travailleurs sociaux se démènent pour en assurer l’application concrète, dossier après dossier. Il suffit de quelques heures sur place pour comprendre comment la limitation des allocations de chômage se répercute dans leur travail quotidien.
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Un transfert… et une facture
Cela faisait des mois, à Saint-Gilles, que le CPAS se préparait à cette bascule. Renforts annoncés, cellule dédiée, circuits réorganisés : tout a été pensé pour éviter que l’arrivée massive des allocataires en fin de droits ne se transforme en chaos administratif.
Et à mesure que la réforme entre dans sa phase la plus concrète, une autre question s’impose : celle des moyens réels pour tenir dans la durée. Car au-delà des files du matin, c’est toute la structure du CPAS qui doit désormais encaisser un transfert de charge. C’est ce que souligne Myriem Amrani, présidente du CPAS de Saint-Gilles, pour qui la réforme ne se résume pas à une affluence ponctuelle, mais à un déplacement durable vers l’aide sociale.
Et ce basculement intervient dans un contexte déjà tendu. Depuis le Covid, dit-elle, les CPAS voient arriver des publics nouveaux : des travailleurs pauvres, des personnes qui travaillent mais ne vivent pas dignement de leur salaire, prises dans l’intermittence, les statuts fragiles. Et ce nouveau public vient alourdir encore la charge du centre social.
Les projections, du gouvernement fédéral, évoquaient qu’un tiers seulement des personnes concernées par les exclusions se tournerait vers les CPAS. Mais la réalité dépasse déjà ces scénarios. « On est déjà à 50 %… », constate Myriem Amrani, « Principalement des hommes isolés de plus de 50 ans. Et le mois n’est pas terminé. » Il y a aussi la crainte d’un rattrapage brutal, des personnes qui découvriront soudainement qu’elles n’ont rien perçu, et qui arriveront en urgence. Entre la mi-février et la mi-mars, le CPAS s’attend à une période particulièrement difficile.
« Ce que nous craignons le plus ? L’augmentation de l’agressivité, de la colère. Et des risques d’agressions ! »
De plus, ce nouveau public passe du chômage, c’est-à-dire une assurance pour laquelle il a cotisé, à l’aide sociale du CPAS. Ce n’est donc pas un droit automatique. Cette aide a des critères précis et rigides avec des barèmes relativement bas. Il y aura donc des demandes refusées, et certaines personnes se retrouveront sans aucune ressource. Notamment parce que l’éligibilité est calculée sur les revenus du ménage, et non pas seulement sur les revenus individuels du demandeur. Dans ces cas-là, le CPAS se retrouve face à une impasse : des personnes sans allocation, mais sans accès au RIS non plus. Une zone grise qui inquiète sur le terrain. Ces situations, prévient la présidente, peuvent aussi accroître les tensions à l’accueil. « Ce que nous craignons le plus, c’est l’augmentation de l’agressivité, de la colère. Et des risques d’agressions envers nos collaborateurs. On a déjà eu quelques incidents », explique-t-elle.
Enfin, absorber ce basculement a aussi un coût budgétaire. « La réforme a un impact global de 7 millions d’euros pour notre CPAS », indique Myriem Amrani. Une charge qui oblige déjà à revoir certaines politiques locales, avec des arbitrages budgétaires douloureux. « On a par exemple annoncé à l’épicerie sociale que pour 2026, la dotation allait diminuer de 70.000 euros. D’autres services sont également concernés, notamment du côté de la jeunesse. » Autrement dit, pour intégrer un nouveau flux, le filet social doit se réorganiser sous contrainte. Essayer de tenir… en réduisant ailleurs.
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