Exposition audiovisuelle itinérante sur le thème de la précarité hydrique, proposée par la FdSS, dans les locaux de DoucheFLUX (mars 2018). A travers des témoignages sonores et des photos, découverte des constats et conclusions d’une recherche exploratoire menée par la Cellule Socialenergie (FdSS) durant un an sur cette réalité encore trop peu connue : le non accès à l’eau.
“On ne coupe pas l’eau en 2017”, “Il y a des gens qui ne veulent pas payer leurs factures, mais moi je n’en étais juste pas capable”, ” Ca fait 2 mois que je suis sans eau. Mais l’eau, c’est la source de la vie. Si une plante, on ne l’arrose pas, elle meurt”.Voilà le type de témoignages que l’on pouvait entendre dès l’entrée dans l’exposition, via un audio guide distribué à l’accueil de DoucheFLUX. [DoucheFLUX propose un service de douches pour personnes précaires. Mais pas que : soupe, soins en partenariat avec MdM, participation à une revue, à une émission radio. Objectif : revalorisation des plus précaires. Pour information, leurs locaux peuvent êtres loués.]] Entre les consignes en bois de récup’ sagement alignées, ces 8 portraits sonores ([à lire ici) semblaient vouloir bousculer la tranquillité de l’espace (le lundi est le jour de fermeture de DoucheFLUX) et entrer en dialogue avec les photos et autres montages de l’exposition. Portraits imaginés au départ des entretiens réalisés dans le cadre de la recherche exploratoire menée par la Cellule Socialenergie [1]SocialEnergie est le Centre d’appui en matière d’énergie au service des travailleurs sociaux de la Région de Bruxelles-Capitale. Il défend la vision d’un accès à l’énergie (et à l’eau) comme besoin et droit fondamental qu’il faut garantir pour tous., la confrontation est immédiate : les obstacles, innombrables et parfois insoupçonnés jalonnant les vies des ces locataires privés d’eau se succèdent les uns après les autres : coupures avec des factures impossibles à payer qui s’empilent, désespérément; insalubrité des habitations, fuites, difficultés de dialogues avec les fournisseurs, manque d’informations, labyrinthes administratifs,… Et donnent lieu à des sentiments mêlés de détresse, d’humiliation, de solitude, de révolte, d’impuissance, de violence,… Parfois aussi plus positivement de reconnaissance et de solidarité. Bref, tout un univers dans lequel la débrouille est souvent de mise. Et qui touche de plus en plus de personnes : “en 10 ans (de 2010 à 2016), le nombre de coupures domestiques d’eau a été multiplié par 8, passant de 143 coupures/an à plus de 1100 coupures/an”, indique la Cellule Socialenergie dans les conclusions de sa recherche. “le phénomène, encore exceptionnel en 2006, touche à ce jour autant de ménages que la coupure d’électricité ou de gaz”, font-il encore remarquer.
Révéler la face cachée des chiffres
Et pourtant. Suite aux recommandations issues d’une journée d’échanges intitulée “Précarité hydrique, une tempête dans un verre d’eau ?”, organisée en mars 2017 par la FdSS, peu de réponses des politiques se sont fait entendre. Face au constat d’un manque de recherche qualitative sur la question, la Cellule Socialenergie décide alors d’aller un pas plus loin : grâce à un financement de la Fondation Roi Baudoin, elle lance sa propre recherche exploratoire. Durant un an, Ils rencontrent des personnes confrontées à cette difficulté d’accès à l’eau et les conséquences sur leur quotidien, les leviers qu’ils ont tenté d’actionner et le degré de succès des ressources et aides sollicitées. Mais aussi leur regard posé sur le système actuel et leurs recommandations. La recherche poursuit donc 3 objectifs : au-delà des données quantitatives, recueillir le témoignage de personnes en situation de précarité hydrique pour améliorer les connaissances sur ces situations; produire un outil pédagogique sur base des constats posés; produire des recommandations pour réduire et prévenir les risques de précarité hydrique.Problématiques cumulatives, précarités multiples
Premiers constats tirés de cette recherche : toutes les personnes rencontrées sur cette problématique (sélectionnées par les CPAS et les services sociaux associatifs) sont locataires et ont, pour beaucoup, des revenus non issus du travail (allocations de chômage, indemnités de la mutuelle, RIS, etc.). Les problématiques sont cumulatives : difficultés de paiement de factures, conflits avec le propriétaire (sur l’état des installations, des frais réclamés incorrects, …), problèmes de procédures administratives, etc. L’insuffisance des revenus conjuguée à un loyer trop élevé, la difficulté de mettre en ordre sa situation administrative, difficulté pour lire et écrire,… sont des obstacles, parmi d’autres, qui font basculer, très souvent, vers la précarité hydrique, en lien avec d’autres précarités. “Elles mettent en évidence que l’accès à l’eau s’inscrit pour un certain nombre d’entre elles dans des difficultés plus larges, reflétant des situations de précarité” (extrait du rapport, p. 10). Comme le soulignera avec une justesse presque dérangeante l’acteur présent à cette matinée, les locataires se retrouvent souvent entre les mains de leur propriétaire :“notre propriétaire, c’est l’Indiana Jones des charges locatives, il distribue les charges, à pouf. (…) Vivaqua a envoyé des chercheurs de fuite. Au moment de payer le montant total de la facture ainsi que les frais de justice, notre propriétaire n’était plus là, c’est la débrouille entre les locataires. Et nous, on paie par peur de perdre l’appartement…”.Parmi les causes les plus souvent identifiées : l’insuffisance de revenus. “Pas moyen de faire face à sa facture. On choisit de payer soit l’électricité, soit le gaz, soit l’eau”. A cela s’ajoute la difficulté de faire un plan de paiement auprès de Vivaqua, les documents peu compréhensibles et les contacts compliqués. Autre cause récurrente : les logements insalubres dans lesquels les équipements d’eau ne sont qu’une composante d’une situation problématique dans son ensemble. Sont aussi citées les causes administratives et judiciaires : par exemple, des convocations auprès du juge de paix qui n’atteignent jamais leur destinataire parce qu’envoyées à une ancienne adresse, perdues ou non identifiées comme telles. Les entretiens révèleront aussi d’autres difficultés, plus indirectes mais tout aussi problématiques telles la discrimination lors de la recherche d’un logement ou d’un emploi, la perte des droits sociaux, perte d’un emploi, problèmes de santé…